Lecteur, je ne veux pas que tu lises le titre de ce texte en levant tes yeux au ciel, t'apprêtant mentalement à digérer une énième ode cinglante au péché humain le plus saturé de la planète. Après tout, ce ne serait que gâcher la curiosité (je n'irai pas jusqu'à dire le plaisir) dont tu es visiblement doté, vu que ton esprit vagabond s'est aventuré vers ces lignes.
Je te préviens donc simplement que ce texte, issu de mon éternelle flânerie cérébrale, n'est qu'un ressenti amateur à l'intellectualité qui vomit si souvent pensées, dialogues entre amis lors d'un dîner trop éméché et autres oeuvres exploitant la notion de l'hypocrisie.
Ceci étant dit, me voilà donc lancée.
Ces derniers jours, loin de la grisaille parisienne qui accompagne souvent la période de Noël, je me dore au soleil implacable de Los Angeles, tout en retraçant les grandes lignes de cette année aussi tumultueuse qu'ennuyeuse. Car 2016 m'aura été un film révélateur dans lequel j'aurais retrouvé, plus que jamais, les contradictions dont je suis depuis toujours accablée. Je me suis rendue compte, lors du déroulement de ce scénario millénaire qui n'aurait sans doute jamais crevé le box-office, que mon essence-même était compromise entièrement par une envie de relâchement et de détermination, de sérieux et de plaisir, de profondeur et de superficialité. En bref, histoire d'abréger tous ces termes condamnés à la dualité: d'hypocrisie. Baudelaire disait: "La dualité, qui est la contradiction de l'unité, en est aussi sa conséquence", ce dont j'ai fait l'expérience personnelle. Entre les soirées éméchées dont je ressortais blême de fatigue et en jurant (à chaque fois) la fin, les baisers échangés avec un ex dévastateur que je regrettais (et désirais à nouveau le lendemain) et les responsabilités professionnelles que j'entamais avec extase ou extrême paresse, j'en ai conclu que ma propre hypocrisie me conduisait au massacre intérieur de mes valeurs et morales. Ainsi, me voilà, contemplant ce vice si exploité à l'extérieur du soi et pourtant si abstrait à l'intérieur de ce même-ci. Je ne peux donc m'empêcher de me poser cette question fatale, cette interrogation existentielle qui fait trembler tout être pensant ayant le malheur de ne pas avoir un bon whisky à portée de main: Suis-je ratée?
J'entends déjà le ronronnement mielleux de mes amis et proches, qui en lisant ces tristes lignes ne pourront s'empêcher de se jeter sur leur portable pour m'appeler et me rassurer sur ma personne "merveilleuse", qualifiant mon tourment d'une "simple passade adolescente" malgré le fait que je ne suis plus, justement, adolescente. A cet entourage, que j'aime pourtant de tout cœur par le simple fait qu'il ait envie de se mentir pour me mentir, ne pensez-vous pas pourtant que la question en elle-même est justifiable justement par mes actions découpées par la dualité?
Oubliez un instant que l'on parle de ma personne, et tentez de vous plonger dans un point de vue tout à fait objectif, dont le sujet est un être factice mais tout de même humain. Maintenant, imaginez que ce même être se pavane lors des soirées mondaines parisiennes, et se flatte de sa "reprise en mains" tout en sirotant un dixième gin tonic, les yeux flous et la démarche titubante. Ce même personnage, qui jongle et salaire et école, se voit être félicité par ses amis de sa réussite et de sa maturité, alors qu'eux-mêmes ne l'appellent qu'après que les douze coups de minuit aient sonné et que l'alcool ait été versé. Alors, ce jeune homme ou cette femme âgée que vous vous imaginiez demeure-t-il ou elle aussi superbement réussi(e), ou vous vous êtes vous rendus compte de la superficialité de cet éloge, l'illusion derrière laquelle il se cache?
Il ou elle, c'est moi. Et je reconnais mon hypocrisie, je l'ai laissée me revêtir comme une deuxième peau sur laquelle j'essaie néanmoins de tatouer mes bonnes actions et intentions, aussi futiles et inespérées soient-elles. Ainsi je me perds, et j'emporte les autres dans ce grand théâtre qu'est ma "vie", du moins celle que j'expose. Car la mienne, la vraie, ne se dévoile que lors des minutes qui précèdent l'aube, à l'arrière d'un taxi déambulant sur la place de la Concorde, après une soirée trop arrosée, où, entourée par mille visages, je me suis sentie que trop seule. Elle m'assaille lors d'une balade nocture, solitaire, quand personne ni rien ne m'impressionnent sauf le calme de la Seine, et je n'ai personne à impressionner. Elle n'apparaît enfin que lorsque j'écris, comme ce soir. Elle n'est là qu'au lever de la pénombre. Et lorsque le jour s'éveille, elle fuit, et laisse place à cette hypocrisie constante qui me contraint à imiter la vie des autres sans pour autant y croire ou la vouloir. C'est pourtant de bonne foi que de chercher l'équilibre lorsqu'on favorise chevaucher les excès, qu'on aime que d'un coup cinglant de cravache, on les emporte au galop, piaffant, l'oeil excité, vers l'oubli du temps et de l'espace. Mais les autres ne pardonnent pas l'insouciance, et y accordent seulement un regard malveillant, faussement souciant, hypocrite. Car en réalité, ils en rêvent, de se débrider, de s'abandonner à leurs plaisirs dits "interdits". N'est-ce pas ces mêmes plaisirs qui les tiennent éveillés la nuit, auprès de leurs maris et femmes, ceux qui n'osent pas même les effleurer du pied sous les draps de leur lit Ikea soldé (la seule chose excitant leur vie monotone étant l'étiquette de celui-ci, qui affichait non sans fierté ses -40% spécial Saint Valentin lors de l'achat)? Triste vie que celle des hypocrites, mais finie est celle des rêveurs.
Je me bats donc contre ce petit homme obscur qu'est l'hypocrisie, mais en même temps je le flatte, je l'invite à dîner, je couche avec. Et pourtant, je le hais.
Voilà une fois encore une preuve de mon hypocrisie, à qui je souhaite par ailleurs un merveilleux Noël.
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