lundi 26 décembre 2016

Les femmes (et non pas celle au singulier)



Drôle d'émotion qui m'accable depuis quelque temps à l'égard des hommes. Il m'arrive souvent, en ce moment, de plaindre la gente masculine. De vouloir l'enlacer, la rassurer, la dorloter comme une mère auprès d'un enfant à qui l'innocence vient d'être arrachée, suite à la fâcheuse révélation du mensonge universel connu sous le nom de: "L'Existence du Père Noël". Laissez-moi vous expliquer la cause de cet étrange ressenti, si contraire à l'attente générale de ma propre pensée que je me dois de la justifier--pour moi-même en comprendre les symptômes. En effet, forcée à me débattre dans cette mer du 21ème siècle malgré mon gré--le siècle de ma naissance n'étant malheureusement pas dépendant de mes éspérances prénatales-- tel un saumon nageant à contrecourant, je me suis rendue compte que la femme, ou plutôt (justement) LES femmes, n'étaient plus les mêmes, au grand détriment de tous les messieurs du monde,  et surtout de l'Occident. 
Malgré mon âge si peu avancé, et grâce (je l'admets néanmoins) aux nombreux progrès culturels du 21ème siècle, j'ai pu observer, admirer et m'exalter devant la grâce des femmes du cinéma du XXème siècle, celles des romans du XIXe ou les danseuses du XVIIIe.
De quelle grâce, quelle élégance, quelle beauté sont ornées les femmes décrites dans les romans de Musset et de Casanova, visionnées dans les films de Chabrol et Truffaut! Elles sont toutes "Femme" et pourtant toutes si singulières, comme si le mot "femme" lui-même se déclinait pour satisfaire chacune d'entre elles, s'allongeait comme un corps après l'amour pour combler leur individualité respective. Autrefois, une femme n'était-elle pas belle par sa différence? L'œil de l'homme amoureux ne brillait-il pas que lorsque celle qui passait son chemin interpellait son cœur somnolent, le réveillait par sa démarche, sa chevelure, son odeur si propre à elle, et à ELLE SEULE? 
Je ne diverge pas, et tout ceci a un sens, vous verrez. Car désormais--et c'est ceci qui m'attriste et m'émeut à ce jour devant tout homme!-- les femmes ne sont plus qu'une, et une seule. Celle-ci n'est ni belle, ni élégante, ni gracieuse. Elle est peinte, retouchée, conditionnée de façon à ce qu'elle remplisse exactement les mensurations de la boîte 24x32 de la Barbie moderne où on la fait naître. Et puis, après que l'usine l'ait empaquetée, on la vend à l'empire des réseaux sociaux, qui, de son oeil tout-voyant, approuve ou écarte le modèle analysé. Orwell n'était donc pas si loin de la vérité: Big Brother existe réellement, seulement sous forme de mentions "j'aime" et de commentaires. Et au final, post-approbation, les prototypes qui n'auront pas été broyés seront ceux qui afficheront le même teint, la même couleur des yeux, le même cœur en plastique recouvert de peinture rouge. "Regardez!" s'écrieront les magazines féminins, "la voilà, la femme moderne!" 
La femme moderne est donc partout pareille, froide, et finalement pas très intéréssante. 
Mais vous, les hommes, vous vous laissez endoctriner par la conformité mimétique que vous nourrissent la presse et les médias! Vous ne cherchez plus celle qui vous fera chavirer, mais la même que vos frères, vos amis, vos idoles. Vous vous appuyez sur l'idée fixe d'une beauté qui n'est pas vôtre, mais à laquelle vous concédez quand-même; pour impressionner l'entourage, le Tout-Paris, le monde entier que forme l'admiration des autres. Je vous plains, car d'un côté, ce n'est pas entièrement de votre faute si notre génération est façonnée ainsi, et que justement le choix des femmes ne vous a été réduit qu'à une, et une seule. Mais réveillez-vous, et arrêtez de promouvoir la beauté de cette même brune aux yeux bleus, ou cette identique blonde à la poitrine bombée que vous recrachent les poumons néo-culturels du 21ème siècle! 
Cherchez celle qui aura échappé à la Machine aux Poupées, celle dont le pas sera enfantin et élancé, le rire incorrompu et incontrôllable, l'oeil éclatant et malicieux. Cherchez celle qui vous surprendra par sa spontanéité, sa curiosité, sa joie de vivre. Cherchez celle qui vous aimera, et qui en retour vous fera sentir aimé indépendamment du regard des autres, qui la jugera sans doute trop petite, trop grosse, aux lèvres trop fines. 
Parce que là, messieurs, vous commencez très franchement à ressembler à un troupeau de vaches prêt pour l'abattoir amoureux. Vous vous suivez tous dans ce cercle qui consiste à choisir "la plus belle"   femme afin de vous impressionner les uns les autres, sans savoir qu'elles sont toutes qu'un et même modèle, ni qu'elles auraient pu vous combler si le XXIe siècle avait été plus clément, et que leur choix d'idole n'aurait pas été Kim Kardashian mais plutôt Jeanne Moreau. Car très honnêtement, s'orner d'une jolie femme dont l'esprit ressemble davantage à un entonnoir vide revient à la même qu'acheter un sac à main de marque: ce n'est qu'un plaisir temporel, matériel. 
Baladez donc vos yeux vers de nouveaux horizons, vous en serez peut-être surpris. La "bonne" sera peut-être justement celle qui se sera enfuie loin, là où le regard des autres ne s'est encore jamais (ou trop rarement) aventuré.

samedi 24 décembre 2016

Joyeux Noël, très chère hypocrisie



Lecteur, je ne veux pas que tu lises le titre de ce texte en levant tes yeux au ciel, t'apprêtant mentalement à digérer une énième ode cinglante au péché humain le plus saturé de la planète. Après tout, ce ne serait que gâcher la curiosité (je n'irai pas jusqu'à dire le plaisir) dont tu es visiblement doté, vu que ton esprit vagabond s'est aventuré vers ces lignes. 
Je te préviens donc simplement que ce texte, issu de mon éternelle flânerie cérébrale, n'est qu'un ressenti amateur à l'intellectualité qui vomit si souvent pensées, dialogues entre amis lors d'un dîner trop éméché et autres oeuvres exploitant la notion de l'hypocrisie.
Ceci étant dit, me voilà donc lancée.
Ces derniers jours, loin de la grisaille parisienne qui accompagne souvent la période de Noël, je me dore au soleil implacable de Los Angeles, tout en retraçant les grandes lignes de cette année aussi tumultueuse qu'ennuyeuse. Car 2016 m'aura été un film révélateur dans lequel j'aurais retrouvé, plus que jamais, les contradictions dont je suis depuis toujours accablée. Je me suis rendue compte, lors du déroulement de ce scénario millénaire qui n'aurait sans doute jamais crevé le box-office, que mon essence-même était compromise entièrement par une envie de relâchement et de détermination, de sérieux et de plaisir, de profondeur et de superficialité. En bref, histoire d'abréger tous ces termes condamnés à la dualité: d'hypocrisie. Baudelaire disait: "La dualité, qui est la contradiction de l'unité, en est aussi sa conséquence", ce dont j'ai fait l'expérience personnelle. Entre les soirées éméchées dont je ressortais blême de fatigue et en jurant (à chaque fois) la fin, les baisers échangés avec un ex dévastateur que je regrettais (et désirais à nouveau le lendemain) et les responsabilités professionnelles que j'entamais avec extase ou extrême paresse, j'en ai conclu que ma propre hypocrisie me conduisait au massacre intérieur de mes valeurs et morales. Ainsi, me voilà, contemplant ce vice si exploité à l'extérieur du soi et pourtant si abstrait à l'intérieur de ce même-ci. Je ne peux donc m'empêcher de me poser cette question fatale, cette interrogation existentielle qui fait trembler tout être pensant ayant le malheur de ne pas avoir un bon whisky à portée de main: Suis-je ratée?
J'entends déjà le ronronnement mielleux de mes amis et proches, qui en lisant ces tristes lignes ne pourront s'empêcher de se jeter sur leur portable pour m'appeler et me rassurer sur ma personne "merveilleuse", qualifiant mon tourment d'une "simple passade adolescente" malgré le fait que je ne suis plus, justement, adolescente. A cet entourage, que j'aime pourtant de tout cœur par le simple fait qu'il ait envie de se mentir pour me mentir, ne pensez-vous pas pourtant que la question en elle-même est justifiable justement par mes actions découpées par la dualité?
Oubliez un instant que l'on parle de ma personne, et tentez de vous plonger dans un point de vue tout à fait objectif, dont le sujet est un être factice mais tout de même humain. Maintenant, imaginez que ce même être se pavane lors des soirées mondaines parisiennes, et se flatte de sa "reprise en mains" tout en sirotant un dixième gin tonic, les yeux flous et la démarche titubante. Ce même personnage, qui jongle et salaire et école, se voit être félicité par ses amis de sa réussite et de sa maturité, alors qu'eux-mêmes ne l'appellent qu'après que les douze coups de minuit aient sonné et que l'alcool ait été versé. Alors, ce jeune homme ou cette femme âgée que vous vous imaginiez demeure-t-il ou elle aussi superbement réussi(e), ou vous vous êtes vous rendus compte de la superficialité de cet éloge, l'illusion derrière laquelle il se cache? 
Il ou elle, c'est moi. Et je reconnais mon hypocrisie, je l'ai laissée me revêtir comme une deuxième peau sur laquelle j'essaie néanmoins de tatouer mes bonnes actions et intentions, aussi futiles et inespérées soient-elles. Ainsi je me perds, et j'emporte les autres dans ce grand théâtre qu'est ma "vie", du moins celle que j'expose. Car la mienne, la vraie, ne se dévoile que lors des minutes qui précèdent l'aube, à l'arrière d'un taxi déambulant sur la place de la Concorde, après une soirée trop arrosée, où, entourée par mille visages, je me suis sentie que trop seule. Elle m'assaille lors d'une balade nocture, solitaire, quand personne ni rien ne m'impressionnent sauf le calme de la Seine, et je n'ai personne à impressionner. Elle n'apparaît enfin que lorsque j'écris, comme ce soir. Elle n'est là qu'au lever de la pénombre. Et lorsque le jour s'éveille, elle fuit, et laisse place à cette hypocrisie constante qui me contraint à imiter la vie des autres sans pour autant y croire ou la vouloir. C'est pourtant de bonne foi que de chercher l'équilibre lorsqu'on favorise chevaucher les excès, qu'on aime que d'un coup cinglant de cravache, on les emporte au galop, piaffant, l'oeil excité, vers l'oubli du temps et de l'espace. Mais les autres ne pardonnent pas l'insouciance, et y accordent seulement un regard malveillant, faussement souciant, hypocrite. Car en réalité, ils en rêvent, de se débrider, de s'abandonner à leurs plaisirs dits "interdits". N'est-ce pas ces mêmes plaisirs qui les tiennent éveillés la nuit, auprès de leurs maris et femmes, ceux qui n'osent pas même les effleurer du pied sous les draps de leur lit Ikea soldé (la seule chose excitant leur vie monotone étant l'étiquette de celui-ci, qui affichait non sans fierté ses -40% spécial Saint Valentin lors de l'achat)? Triste vie que celle des hypocrites, mais finie est celle des rêveurs. 
Je me bats donc contre ce petit homme obscur qu'est l'hypocrisie, mais en même temps je le flatte, je l'invite à dîner, je couche avec. Et pourtant, je le hais. 
Voilà une fois encore une preuve de mon hypocrisie, à qui je souhaite par ailleurs un merveilleux Noël.

mardi 7 juin 2016

Le sommeil maudit

Des songes glissent sur mon âme meurtrie
Noircie par de fiévreuses tentations
Qui apparaissent au plus profond de la nuit
Et me guident parmi la pénombre.


Quel elixir que celui qui m’enivre
Et me soulage de ce démon vorace
Celui qui m'assaille, me viole et me livre
Aux pensées qui sans cesse me pourchassent.


L’encre de mes pages est tachée de sang,
Déversé par l’Espoir envolé
Qui, l’aile chavirante dans le vent
S’incline telle une colombe blessée.


Seul mon poison me berce; doux amant
Et nue, je m’abandonne à lui
Ma raison mêlée à la brume du temps
Dont je ne retiens plus qu’un souvenir.


Je ne pense plus, simplement je ressens
Je languis dans la chair et la peau
Qui, comme des pétales m’effleurent
Me couchent dans un divin tombeau.


Mon malheur me surprend au réveil
Lacère mon esprit de réflexions
Elles me brûlent comme le vaste Soleil
Et je hurle devant cette trahison.


Mon esprit léger de volupté
M’est confisqué; tendre être éphémère
Et, arraché des bras de Morphée

A nouveau mon tourment se libère.

mardi 2 février 2016

Je m'adresse à toi mais ceci ne t'est pas destiné



C'est étrange, mais il y a quelques brèves secondes, durant un court instant, j'ai pensé à toi. Cet instant fut éphémère, et s'est presque immédiatement dissipé dans le temps, mais il n'empêche qu'il a été, qu'il a vécu dans une complétude puissante.
Ca m'a désorientée. Tu m'as prise au dépourvu, et l'effet de toi submergeant ma conscience m'a été presque trop à supporter. Une telle chose ne peut être considérée autrement que comme un viol, cru et impulsif, contre lequel il m'est impossible de combattre. Je n'étais pas apprêtée à ce que tu me perces d'une telle violence; que tu envahisses mon intimité au plus profond de ses entrailles.
Le fait que l'ignores, ce crime, me rend encore plus impuissante face à cette douleur dont tu es la cause, pour le fait qu'elle n'est pas tienne mais mienne, entièrement bâtie par le sang de mes désirs enfouis. Toi, tu as servi de mèche, mais c'est moi qui ai alimenté la braise qui a déclenché le feu. C'est non pas toi mais moi qui t'ai accordé l'importance de ma douleur, et qui t'ai autorisé à languir en moi tandis que tu me détruisais.
Tu m'as violée, mais je n'ai pas réellement tenté de me débattre. J'ai rapidement lâché prise, et je suis tombée, nue, dans ton odeur et tes bras et nos souvenirs.
Tu l'ignores, tout cela. Dans ton existence physique, palpable, tu m'ignores puisque je n'agis pas dans tes pensées comme tu le fais dans les miennes. Ou peut-être bien que si, mais je ne possède aucun moyen de saisir une telle certitude. C'est pour cela que nous sommes tous deux condamnés à suivre l'acheminement frénétique de notre imagination. C'est elle, et elle seule, qui te lie à moi dans une parcelle de temps comme celle-ci, celle où tu m'es apparu. Et c'est ce même élan créatif qui s'est joint à moi pour que nous lâchions prise ensemble.
Est-ce par nostalgie, ou par pure mélancolie? Aucune réponse ne me vient à l'esprit et en même temps trop de questions m'assaillent. Tu as brisé ce mur qui me protège du métaphysique, formant l'ombre de mon tourment. Ta présence en moi est injustifiable. Je suis apeurée, étrangère face à ce qui ne s'explique pas, et c'est dans cette chute que tu m'as aidée à m'élancer. C'est étrange, aussi, que toute cette réflexion s'est développée en l'espace d'un bref instant qui aurait dû disparaître aussitôt qu'il eut apparu. Tu as déséquilibré le temps et l'espace et mon être tout entier.
Mais de ce passage temporel, encore une fois tu ne sais rien, et c'est ce seul fait qui me suspend dans l'air sans que je puisse atteindre la finalité de ma chute.

Sans quoi je m'évaporerai dans l'abysse du vide que tu m'as permise de créer.