lundi 22 décembre 2014

Pensée sur Venise

Mon tourment n'a connu de plus grande ambiguité que dans le théâtre vivant que renferme les eaux luisantes de la ville de Venise.
En effet, dès lors que j'y suis, mon esprit se départage entre des élans de bonheur inouï, semblables à ceux que ressent l'être intoxifié, et un mal-être grandissant, qui me déchire et me laisse agonisante, en proie à des larmes d'incompréhension. Pourquoi n'ai-je pas été née d'un souffle passé, dans une ère où l'amour, la grâce et l'art étaient uniques guides d'une vie?
Venise me berce d'illusions tandis que je me perds dans ses rues serpentueuses, ces veines sanguines qui entremêlent nos deux cœurs. Ces derniers jours, il m'est arrivée de parcourir les étages abandonnés des pallazi veniciens et d'y entrevoir une vision ancestrale, tirée des pages romanesques de Casanova. J'imaginais dans ces salles vides un déferlement d'hommes et de femmes qui dansaient, m'invitant à les rejoindre dans ce bal majestueux. Et je me mêlais à la foule colorée, les yeux fermés, enveloppée par le parfum embaumé des dames de cour de l'époque. Ainsi, pendant un instant, j'avais rejoint le rang des Élus, ceux qui détiennent la clé de ce secret si bien gardé.
Est-ce si mauvais que de préférer le rêve à la réalité? Si ça l'est pour les autres, je peux agréer avec certitude au fait que cela est nettement pire pour soi, car j'aurais préféré respirer en dehors d'une cage dorée.
Telle est donc la raison pourquoi Venise est pour moi une amante empoisonnée: ses baisers sucrés me semblent réels, mais lorsque j'essaie de les lui rendre, je n'enlace qu'un souffle glacial, un fantôme.
Venise est un théâtre dont les acteurs sont des spectres masqués. Ainsi, j'y sommeille, enchaînée par une part de rêve et une part de réalité. 
Venise, tes canaux me noient. Tes lumières étiencelantes m'aveuglent et ta beauté m'étouffe. 
Venise, je veux mourir d'ivresse en aspirant tes eaux, je souhaite m'abandonner à l'intérieur de toi et y demeurer jusqu'à ce que je devienne un de ces fantômes qui te nourrissent. 
Je veux être une de ces comédiennes dont le corps brûle mais l'âme demeure à jamais. 

"Un vero viaggio di scoperta non è cercare nuove terre, ma avere nuovi occhi." Marcel Proust

mardi 2 décembre 2014

Valse animale

Haletante et ruisselante
En proie aux vibrations
De mon corps à l'abandon
Déchiré par l'attente

Tu me caresses de ta lame
Et je jouis de cette douleur
Lorsqu'elle perce la fleur
Enflammée de mon âme

Laisse-moi t'appartenir
Mon désir plié au tien
Ma raison entre tes mains
Et mes cris deviennent soupirs

Éblouie par les éclairs
De cette tempête déchaînée
Subissant tes baisers
Mon bonheur couleur de chair.




jeudi 11 septembre 2014

Mon esprit se disperse




Des os et de la chair
Ainsi deviennent les anges
Déchus, qui me rappellent la noyade ultime de l'écume

Et mes désirs comme des falaises
Se heurtent au chaos qui hurle:
"Oublie-toi, malheureuse, tes ailes ne sont qu'un tas de cendres!"

L'aube se couche et rejoint les étoiles
Je ne suis plus q'un entremêlement de songes
L'Enfer s'élève et moi je brûle, glacée par ce blizzard aveuglant

Les chemins tourmentés qui me mènent
Grimacent; ils sont en sang
Et moi je ris, minuscule atome dans l'infini éphémère

Que suis-je, sinon un esprit qui vagabonde dans le temps?

jeudi 14 août 2014

Solitude et solidarité

Être inaudible, incompris, inachevé,
Survivant dans un tableau presque vierge il languissait,
Avant d'attraper au vol l'aigle de ses pensées,
Libéré, il a rompu avec les chaînes de la réalité.

Être léger, subjugué d'imagination,
Il se livre à la brume de sa propre raison,
Sur Terre, on le maudit, on l'accuse d'aberration,
Son bonheur est un crime, une des pires abjurations!

Être heureux, par ses confrères il fut dénoncé,
De retour, il suffoque, enlacé par cette société
Perfide, qui l'empoisonna de ses terribles baisers,
Jusqu'à ce qu'il s'éteigne,

Être libre, être tué.



mercredi 2 juillet 2014

Conscience



Danse, Tranquilité, 
Berce les vifs feux de mon âme
Qui dévorent les constellations 
Brisées de mes pensées.

Dans cette fumée je me consume
A l'idée de révolutions échouées
Et de sang versé vainement 
D'espoir mourant dans les bras d'enfants.

Les souffrances de toutes les femmes
Qui hurlent à déchirer le temps
D'Amour perdu, de brûlures
Dévorant leurs coeurs sanglants.

Les marionnettes d'un jeu lugubre
Où tout est sombre divertissement
Nous autres opaques ou d'ivoire

Confrontés à notre propre miroir.

jeudi 5 juin 2014

Souffle du temps

Je me souviens du temps
Lorsque j'étais enfant
Pas encore souillée
Bercée de naïveté.

Puis je me remémore
Les plaies qui peignent mon corps
Et mon âme émaciée
Dans mes larmes noyée.

Délivre-moi de moi-même
Enlacée par mes chaînes
Je ne puis respirer
Dans la brume des années.

Mes cris déchirent le temps
Se perdent dans l'entremêlement
Du blizzard et la brise
Dont je me suis éprise.

Enfin l'horloge sonne
De sa voix monotone
Emane le gémissement
De mes derniers instants.

mercredi 21 mai 2014

Entends-moi

Entends-moi

J'erre, je vagabonde,
Dans ma folie je me noie
Je me brûle aux feux
De mon désir qui hurle
Et le soleil d'un coup s'en va

Le murmure de tes lèvres
Susurrent une brise sucrée
Envoûtante, qui me mène
Vers une nuit de velours
La seule qui puisse te m'arracher

Quitte-moi, oublions tout
Nos souvenirs éperdus
Se mêleront à tes larmes
Dissolues dans mes plaies
Renaissantes d'un souffle carmin

Le néant qui me berce
Me distrait de l'ennui
Par laquelle affligée
J'esquisse rires et tourments
Séparons-nous

Entremêlés.



samedi 19 avril 2014

Lettre à toi

La confusion et la déception m'ont enlacée et t'ont remplacé. Lorsqu'elles m'embrassent, j'égoutte le sang que je versais pour toi avant.
Le temps m'importe peu, mais le ruban écoulé de nos moments passés me heurte et me hante lorsque j'essaie de t'oublier. 
Crus et sans pitié, je m'abandonne à mes bourreaux, ceux qui m'apaisent avec l'odeur de ta peau et leurs visages peints d'une illusion de toi, seuls souvenirs qui alimentent mon désir. 
Je n'essaie plus de te comprendre, seulement de t'en vouloir, la haine est un masque facile à porter lorsqu'une âme meurtrie cherche à survivre la chute qu'elle a connu lorsqu'une autre  l'a rendue si brute.
Pourtant, je n'y arrive pas, c'est cela qui me tue, pathétique emblème de la femme qui se blâme et, sans réponses à ses questions, elle se morfond jusqu'à l'usure de sa réflexion. Elle s'accuse et se juge, dans son propre procès, se condamne et se brûle, pour ainsi t'excuser. C'est plus apaisant que d'avouer tes torts, là où je creuse je ne vois que les miens, et je me dis que peut-être est-ce parce que nous partageons le même destin?
Un semblant de ressemblance qui nous attire et nous déchire, je vois en toi un miroir de souffrance qui pense bien trop pour être considéré "sain", mais après tout où est l'attirance dans un homme qui va bien? On aurait pu s'aider ou s'aimer, je n'en sais rien. Sans doute cela restera un mystère engravé dans le passé de notre histoire inachevée, mais qui tire à sa fin dans le spectacle de la vie, où nous jouons en tant que marionnettes indécises. 
Sache que tu m'as déçue, et que je ne te comprends pas, je ne suis pas habituée à rester hébétée devant l'humain que je lis d'habitude comme un livre ouvert. Malgré ma précaution, je reste fragile, même autour des murs que j'ai bâti et auxquels j'avais juré une éternelle fidélité.
Je m'accuse, excuse-moi, d'avoir baissé ma garde, de t'avoir laissé rentrer en moi en espérant jouir d'un plaisir que je m'étais défendue de ressentir. 
Ta faute est la mienne, n'aie pas de peine pour moi, la confusion et la déception me portent dans leurs bras. Leur torture est délicate, ne t'inquiète pas, car seule elle me rappelle les fragments que j'ai de toi.

mercredi 2 avril 2014

Mes hurlements




Me voici partagée entre les élans de ma pensée, qui surgissent contre mon gré lorsque je suis prisonnière de ma solitude. Mon seul remède, dans ce cas, est de m'abandonner à cet échappatoire que l'un appelle "écriture" et que moi je nomme "mon cri".
Lorsque j'écris, je cris. Je hurle jusqu'à ce que mon intérieur se taise, et que mes pensées soient chassées de mon être intérieur.
Je suis épuisée par ma réflexion perpétuelle. Je la définis comme telle car elle ne s'arrête jamais, elle me hante jusqu'au plus profond de mon subconscient et elle me tourmente, arrachant le peu de confort que je me tisse pour étrangler mes cris.
Quel bonheur d'être ignorant. Et je dis ceci sans vanité, sans méprise, seulement parce que je donnerai tout pour me libérer des chaînes de mon savoir et me laisser porter par le courant de la candeur, limitée dans ma pensée intellectuelle, sans que je puisse explorer l'au-delà métaphysique.
Les mots se bousculent dans ma tête bourdonnante, et je n'arrive pas à les faire cesser. Ils me mordent et me consument et je me retrouve absorbée par ce sentiment d'impuissance que je passe ma vie à fuir. M'offrir entière au cheminement de ma pensée, c'est perdre le contrôle, grâce à quoi je deviens victime d'une frénésie que je créais pour moi-même. Ce sentiment de perte de soi, c'est mon plus grand ennemi, et c'est ce qui un jour sera responsable de ma destruction. Ou plutôt, car je désire être honnête envers moi-même: mon autodestruction.
Je suis consciente que je suis lâche de me forger une illusion de bonheur en goûtant les plaisirs dangereux de la vie. Je suis lâche de me perdre dans les paradis artificiels pour trouver un semblant d'euphorie continuelle, alors que je sais que cela ne peut être qu'éphémère, et que je ne peux pas indéfiniment m'y abandonner.
Et pourtant, le reste pour moi n'est que néant. Les petits plaisirs, ceux qu'un individu actuel est sensé chérir le plus, ce sont ceux qui me repoussent et me dégoûtent avec la même intensité que celle ressentie par l'être heureux car, même réels, je les considère comme étant factices. Il est impossible pour moi de considérer la notion de pouvoir être heureux avec autant de facilité, et je ne puis y croire totalement. Dans ce que je sais est ma propre irrationalité, je ne trouve que de la confusion envers les êtres autours de moi qui se définissent comme étant comblés par la vie.
Entendez mes cris, mes hurlements, mes vociférations, mes tempêtes intérieures. Je rugis en crachant le sang de mon âme, et pourtant personne ne m'entend. Cloîtrée entre les murs que j'ai bâti sur moi-même, je n'ai d'autre choix que de me distraire, sans quoi je dois me faire face.

Et je suis trop faible pour faire cela.

lundi 31 mars 2014

Déchirée/Torn

Une brume de rêves amers issus d'un subconscient
Torturé par les caresses brutales d'une nuit
Meurtri par l'esquisse d'une promesse rompue
Qui se brise contre les rochers d'un cœur sanglant.

Je me perds dans le jeu de miroirs qui éclôt
Ses pétales embaumés d'une triste mélancolie
Qui m'affame de sa peau, son si doux parfum
Il m'enivre et m'empoisonne, sublime agonie.

Mon corps brûlé par les désirs de la chair
Et la possession dont il m'a rendue victime
Autrefois sauvage, le fruit d'une ignorance innocente
Il m'a domptée et désormais je suis à lui.


Poème traduit du français à l'anglais:

A haze of bitter dreams bore from my subconscious
Tortured by the brutal caresses of a night
Bruised by the outline of a broken promise
That breaks against the rocks of a bloody heart.

I get lost in the game of mirrors that blooms
Its petals embalmed in a sad melancholy
Who starves me of his skin, his sweet perfume
It intoxicates and poisons me, sublime agony.

My body burned by the desires of the flesh
And the possession of which he has made me a victim
Formerly wild, the result of an innocent ignorance
He tamed me with his hidden smile.

lundi 3 février 2014

Un corps de papier


Je connais une fille qui a un corps de papier. Elle a des yeux glacés; figés. Elle a un coeur qui a été mâché et déchiré. Elle a une lueur éteinte autour d'elle, bleuâtre sur ses bras frêles qui tiennent difficilement son corps nu.
Avant, lorsque son ignorance était son bonheur, on la confondait avec le soleil, et on sourire à lui seul éclipsait le ciel doré. Quant à elle, ses yeux reflétaient la beauté que la candeur souffle sur chaque être et objet.
Cette fille a fait l'erreur que l'Homme commet presque invariablement: elle s'est mêlée aux flots de ses sentiments et s'est laissée être emportée par le souffle de ses émotions. Elle a été curieuse, affamée de savoir et de découverte. 
Elle est revenue de cette exploration ensanglantée, brisée, anéantie. Dès lors, son œil bienveillant a revêtu un voile sombre, luisant du sang de ses plaies encore ouvertes.
Elle s'est relevée, cette fille au corps de papier, et elle s'est forgée une paroi autour de son âme pour empêcher sa façade d'une fois encore la tromper. Elle s'est jurée qu'elle ne sentirait plus rien, qu'elle serait insensible aux cris désespérés de son passé ou aux tourments sans relâche de ses émois.

Je connais une fille qui a un corps de papier. Elle noie ses peines dans ses cicatrices et ne veut rien ressentir. Elle a peur de sa propre autodestruction. Elle est seule, entourée seulement par des corps sans visages, des relations creuses, des mots envolés.
L'humanité est affamée d'une certaine attention qui renvoie à un un besoin bestial. L'Homme a besoin de satisfaire ses désirs et ses envies, sans quoi il se perd dans sa propre nostalgie enfantine. Il veut atteindre un climax abstrait, frôler les cuisses d'un bonheur inouï qu'il se croit capable de domestiquer. L'Homme veut rattraper le temps perdu, il veut oublier d'apprendre, négliger l'intelligence qu'il a désormais. Il veut retourner en enfance, il veut redevenir heureux. Pourtant, il est animal lui aussi, guidé par ses instincts, submergé trop tardivement par ses regrets.

Je connais une fille qui a un corps de papier. Elle se fuit et se perd pour ne pas connaître la souffrance. Elle est l'une de nous, un produit conforme à cette identification de l'Homme moderne. 
Ainsi, elle s'enfuit pour échapper à son échec. L'échec de ne plus pouvoir atteindre cette euphorie ultime que l'on caractérise de "bonheur".
Dessin par KRIZIA BELLOZA