Comme toute histoire qui se veut belle, je l’ai rencontré pour la
première fois en été. A l’aube du mois d’août, précisément, lorsque la
notion de travail s’évapore enfin en simple souvenir; qu’on se
découvre pour les vacances un engouement d’une intensité qui fait
presque oublier la réalité des choses. Pour moi, cela s’est fait dans
notre maison de vacances familiale, au Sud, dans un petit creux de
verdure et de vignobles entre Avignon et Carpentras. Un havre de calme
et de volupté, au doux nom des Seyrels, où s’entremêlent la caresse
chaleureuse du soleil et le murmure plus ou moins docile du mistral
saisonnier. Perdue parmi plusieurs chemins lointains et inconnus,
notre ferme réaménagée se dressait, solitaire et grandiose, et nous attendait
chaque été. Elle rappelait une belle femme triste, par sa peau de
briques crémeuses, fissurées, et ses volets bleu clair, tels des yeux limpides voilés de larmes. A elle seule, elle représentait toute l'enfance. Toute mon enfance.
Des parties de cache-cache dans les champs d’oliviers aux cueillettes de cerises parmi les longues herbes pâles, dont mon frère et moi rentrions au soir les doigts teintés de pourpre, elle avait tout vu, tout observé, tout surveillé. Et chaque été, elle permettait à ce que je m'éloigne quelque temps de l’existence morose et conforme que mène l’écolière parisienne à l’année. Encore aujourd’hui, je voue une préférence pour les tâches de fruits, plutôt que l'encre.
Ainsi, à l'arrivée annuelle des beaux jours, Les Seyrels venait me couver de la réalité et m’enseigner l’évasion. En y repensant, ce n’est donc pas si étonnant que ce soit là-bas, en cette saison, que je me suis mise à l’aimer, lui.
Je venais d’avoir vingt ans, et si cela peut paraître tard pour ce que je vais raconter, je n’avais jamais vraiment connu l’amour. Rien, ni même de simples flirts, d’histoires à avouer à mes amis, tard le soir, les joues rougissantes et le coeur encore chaud. Seules avais-je à mon compteur quelques vulgaires amourettes, qui sur le moment semblaient dignes d'être tirées de la plume de Musset, mais au final n’étaient que le fruit surestimé de mon imagination romantique.
Pourtant, j’étais loin d’être prude, ou timide. Au contraire, j’aimais énormément la compagnie masculine. Les hommes tout court. Au point où je leur consacrais une place primordiale au sein de ma vie, avant même les études et l’amitié. Une place qui s’avérait toujours peu méritée, après coup, car évidemment exacerbée par mon envie d’étancher mes échecs amoureux en sublimant une banale conquête.
Avant de le rencontrer, je papillonnais donc dans Paris, jonglant la compagnie d’un écrivain peu talentueux, rencontré en boîte de nuit, avec celle d’un fils de noblesse dont la richesse financière dépassait largement celle d’esprit. Sans vraiment y apporter d’importance, sinon celle que j’accordais à bannir l’ennui.
Des parties de cache-cache dans les champs d’oliviers aux cueillettes de cerises parmi les longues herbes pâles, dont mon frère et moi rentrions au soir les doigts teintés de pourpre, elle avait tout vu, tout observé, tout surveillé. Et chaque été, elle permettait à ce que je m'éloigne quelque temps de l’existence morose et conforme que mène l’écolière parisienne à l’année. Encore aujourd’hui, je voue une préférence pour les tâches de fruits, plutôt que l'encre.
Ainsi, à l'arrivée annuelle des beaux jours, Les Seyrels venait me couver de la réalité et m’enseigner l’évasion. En y repensant, ce n’est donc pas si étonnant que ce soit là-bas, en cette saison, que je me suis mise à l’aimer, lui.
Je venais d’avoir vingt ans, et si cela peut paraître tard pour ce que je vais raconter, je n’avais jamais vraiment connu l’amour. Rien, ni même de simples flirts, d’histoires à avouer à mes amis, tard le soir, les joues rougissantes et le coeur encore chaud. Seules avais-je à mon compteur quelques vulgaires amourettes, qui sur le moment semblaient dignes d'être tirées de la plume de Musset, mais au final n’étaient que le fruit surestimé de mon imagination romantique.
Pourtant, j’étais loin d’être prude, ou timide. Au contraire, j’aimais énormément la compagnie masculine. Les hommes tout court. Au point où je leur consacrais une place primordiale au sein de ma vie, avant même les études et l’amitié. Une place qui s’avérait toujours peu méritée, après coup, car évidemment exacerbée par mon envie d’étancher mes échecs amoureux en sublimant une banale conquête.
Avant de le rencontrer, je papillonnais donc dans Paris, jonglant la compagnie d’un écrivain peu talentueux, rencontré en boîte de nuit, avec celle d’un fils de noblesse dont la richesse financière dépassait largement celle d’esprit. Sans vraiment y apporter d’importance, sinon celle que j’accordais à bannir l’ennui.