mardi 2 février 2016

Je m'adresse à toi mais ceci ne t'est pas destiné



C'est étrange, mais il y a quelques brèves secondes, durant un court instant, j'ai pensé à toi. Cet instant fut éphémère, et s'est presque immédiatement dissipé dans le temps, mais il n'empêche qu'il a été, qu'il a vécu dans une complétude puissante.
Ca m'a désorientée. Tu m'as prise au dépourvu, et l'effet de toi submergeant ma conscience m'a été presque trop à supporter. Une telle chose ne peut être considérée autrement que comme un viol, cru et impulsif, contre lequel il m'est impossible de combattre. Je n'étais pas apprêtée à ce que tu me perces d'une telle violence; que tu envahisses mon intimité au plus profond de ses entrailles.
Le fait que l'ignores, ce crime, me rend encore plus impuissante face à cette douleur dont tu es la cause, pour le fait qu'elle n'est pas tienne mais mienne, entièrement bâtie par le sang de mes désirs enfouis. Toi, tu as servi de mèche, mais c'est moi qui ai alimenté la braise qui a déclenché le feu. C'est non pas toi mais moi qui t'ai accordé l'importance de ma douleur, et qui t'ai autorisé à languir en moi tandis que tu me détruisais.
Tu m'as violée, mais je n'ai pas réellement tenté de me débattre. J'ai rapidement lâché prise, et je suis tombée, nue, dans ton odeur et tes bras et nos souvenirs.
Tu l'ignores, tout cela. Dans ton existence physique, palpable, tu m'ignores puisque je n'agis pas dans tes pensées comme tu le fais dans les miennes. Ou peut-être bien que si, mais je ne possède aucun moyen de saisir une telle certitude. C'est pour cela que nous sommes tous deux condamnés à suivre l'acheminement frénétique de notre imagination. C'est elle, et elle seule, qui te lie à moi dans une parcelle de temps comme celle-ci, celle où tu m'es apparu. Et c'est ce même élan créatif qui s'est joint à moi pour que nous lâchions prise ensemble.
Est-ce par nostalgie, ou par pure mélancolie? Aucune réponse ne me vient à l'esprit et en même temps trop de questions m'assaillent. Tu as brisé ce mur qui me protège du métaphysique, formant l'ombre de mon tourment. Ta présence en moi est injustifiable. Je suis apeurée, étrangère face à ce qui ne s'explique pas, et c'est dans cette chute que tu m'as aidée à m'élancer. C'est étrange, aussi, que toute cette réflexion s'est développée en l'espace d'un bref instant qui aurait dû disparaître aussitôt qu'il eut apparu. Tu as déséquilibré le temps et l'espace et mon être tout entier.
Mais de ce passage temporel, encore une fois tu ne sais rien, et c'est ce seul fait qui me suspend dans l'air sans que je puisse atteindre la finalité de ma chute.

Sans quoi je m'évaporerai dans l'abysse du vide que tu m'as permise de créer.